Saturday, November 21, 2015

Congo Siasa is moving...

Bandeko,

After some six years and over 2,5 million views, Congo Siasa will be moving to the website of the Congo Research Group, a new research project housed at the Center on International Cooperation, New York University. You can now find me here, along with other reporting, writing, and podcasting on the Congo.



So all that is left to say is thank you to Cheri Samba for not suing me, and matondi mingi and aksanti sana to all the readers who have visited. I might be back here at some point, but for now, adiós.

Thursday, November 12, 2015

Jean Kenge: Et si on arrêtait le bal des hypocrites…

President Joseph Kabila and US Secretary of State John Kerry
Dans la capitale congolaise, tous les signaux semblaient clignoter dans le même sens. La convocation du dialogue ne serait qu’une question de jours. Joseph Kabila l’a fait dire durant le week-end aux deux chambres du parlement par leurs présidents interposés, avant de rencontrer une délégation de la société civile dimanche et celle des diplomates accrédités à Kinshasa lundi 09 novembre !

Bref, encore quelques petits détails seulement à régler, y compris pour ce qui concerne la médiation, que l’Udps pour sa part souhaite internationale. Une formule que beaucoup d’autres leaders congolais, notamment proches de la MP, récusent en rappelant, par exemple, que la facilitation du Bostwanais Ketumile Masire lors du dialogue intercongolais de Sun City, avec sa tendance à allonger les débats, n’avait pas toujours été un grand succès. La question du format, du choix des délégués par leurs composantes respectives et du timing des travaux fera évidemment grincer les dents.

Avec d’un côté l’Udps, les partis politiques de l’opposition, les organisations de la société civile, les églises - parmi lesquelles les Kimbanguistes, les protestants et les catholiques - qui se sont prononcés favorablement, et de l’autre la majorité ainsi que les organisations qui lui sont alliées, mais aussi la communauté internationale, nombreux sont les observateurs qui sont tentés  de penser qu’une large majorité des Congolais ne serait pas contre le dialogue. Mais ceci ne concerne que la forme.
Il resterait, alors, la question du contenu pour valider la tenue des assises. Qu’elle vienne de l’opposition ou de la majorité, la communication, à ce sujet, ne rassure pas. La Majorité Présidentielle nie la réalité du glissement et crie au procès d’intention. Elle souligne pourtant, au même moment, la nécessité d’apaiser le climat politique et d’éviter l’instabilité.  Elle s’abstient cependant de se prononcer ouvertement sur la question du respect des délais pour la tenue des scrutins ainsi que  des dispositions intangibles de la constitution.

L’opposition, du moins dans son segment «Dynamique de l’Opposition » veut de son côté faire croire qu’il est encore possible, avec tous les retards déjà accumulés, de respecter les échéances de décembre 2016 et d’aller aux élections avec un bureau de la CENI aux ordres et le même fichier électoral du scrutin controversé de 2011 ! Elle n’ose pas dire qu’elle serait aussi tentée par un schéma de coup d’Etat populaire pour répondre à un éventuel coup de force constitutionnel.

Il est un fait que les Congolais ne se sortiront pas de leur piège à vouloir chaque fois rechercher la petite bête dans la tête de l’autre. Ou à vouloir jouer en permanence «les anges contre les démons». Un peu comme si, à la tendance récurrente de la majorité de tricher pour conserver le pouvoir ne correspondrait pas la désorganisation d’une opposition infantile, versée dans les conflits de positionnement et les querelles de leadership, le vagabondage idéologique et la corruptibilité, une opposition incapable de produire une pensée cohérente et une stratégie efficace à opposer à la toute-puissance, vraie ou supposée, de la majorité.

L’hypocrisie de la classe politique congolaise se situe là. Dans les cercles privés, tout le monde admet volontiers que les délais sont intenables mais, en public,  personne ne veut prendre la responsabilité d’un discours de vérité, d’une pédagogie de courage. Au bout du compte, chacun préfère abuser de la crédulité de la population, avec tous les risques, le jour où celle-ci découvrira enfin la triste vérité, d’une colère exponentielle.

Reconfigurer la CENI, constituer un nouveau fichier électoral avec l’accompagnement des partenaires ne sera pas une sinécure, c’est vrai. Mais ce pourrait, idéalement, être le prix à payer pour des élections honnêtes, sans chercher à sacrifier la population dans un cycle incontrôlable de violences. L’opposition commettrait en tout cas une erreur monumentale en faisant croire qu’elle est intellectuellement, moralement et politiquement incapable d’arracher des concessions substantielles dans la négociation avec un régime dont on sait qu’il traîne de nombreuses casseroles. Que cette négociation s’appelle dialogue, concertations ou tripartite majorité-opposition- CENI, force est de constater que tout le monde est, à ce stade,  d’accord sur l’ordre du jour mais que la crainte des uns et des autres réside dans la capacité à contrôler les assises et donc les résolutions qui en sortiraient.

Il suffira, pour le reste,  d’assortir tout compromis politique à venir de garanties de bonne fin, y compris en brandissant la menace de sanctions internationales – isolement diplomatique, blocage des avoirs et interdiction de voyage - ainsi que l’ouverture de certains dossiers devant la Cour Pénale Internationale pour les auteurs – déjà bien identifiés par les ONGs des droits de l’homme - des crimes contre l’humanité. La communauté internationale qui semble tout d’un coup impuissante pourrait, du coup,  prendre sa part d’une situation dont elle est au moins aussi responsable que les Congolais eux-mêmes. Sauf à vouloir parier sur la «burundisation» du Congo !


Saturday, November 7, 2015

Waiting for le dialogue

Felix Tshisekedi
On Monday this week, President Joseph Kabila met with the heads of state institutions––army, parliament, senior judges and prosecutors. The following day, Deputy Prime Minister Evariste Boshab announced that a political dialogue would be held shortly. Ruling party members filled in the details: the UDPS, a powerful opposition party led by Etienne Tshisekedi, would participate; it begin be held around November 15 in the town of Muanda (west of Kinshasa); and the meeting would be presided by UN Special Envoy Said Djinnit.

The news sent a shock wave though the Congolese blogosphere. The Dynamique de l'opposition, the main group of opposition parties (UNC, Ecidé, MLC, Fonus, l'Envol, ATD and others), which is currently holding a large meeting in Kinshasa, criticized the announcement, saying it would only serve to further delay elections.

Some Congolese pundits were outraged that the UDPS, whom many consider the flag bearer of the opposition, would be party to this kind of initiative. Meanwhile, a Congolese newspaper (C-News) reported that a UDPS delegation had arrived last weekend in Kinshasa for the dialogue, which some fear could lead to the co-option of the party into a government of national unity. The Catholic church, adding to the confusion, congratulated the president on the announcement in a tone that was much less defiant than that of Archbishop Monsengwo after his June meeting with Kabila on the same subject.

But hype in Kinshasa has reached a fever pitch––the Dynamique is beginning to call for civil disobedience and and popular protest. It then likened the self-immolation of a taxi driver in Lubumbashi (he was protesting police harassment) to the Senegalese protest that helped bring President Abdoulaye Wade to his knees.

What is really happening?

I contacted Felix Tshisekedi, the son of Etienne and in charge of UDPS diplomacy, by phone. He said that the UDPS has not accepted any invitation to a dialogue, that they were still open to one, but that it would have to be under international mediation. He castigated Congolese journalists for reporting otherwise. He says that Bona Kalonda, the nephew of the UDPS president, did travel to Kinshasa as reported, but on personal business. Papis Tshimpangila, the legal counsel of the party, also traveled to Kin, but on his own private business.

So what about international mediation? Senior UN officials say they know nothing about Djinnit playing this role, although he has been in touch with members of the political elite as part of his job. Indeed, it would a surprising turn of events, since in the past the Congolese government has been hostile toward any UN involvement in mediation––when Martin Kobler, the former head of the UN mission there, tried something similar last year he was reprimanded by Kabila.

So will there be a dialogue? Possibly. Congolese politicians are inveterate dialogue-ers. The seem to be on a perpetual world tour of negotiations, trekking from Venice to Ibiza this year for the "pre-dialogue", Rome for FDLR talks in 2014, to Addis Ababa for the PSCF and Kinshasa for the concertations nationales in 2013, Kampala for months of M23 negotiations in 2012––and who can forget the per diems and expense accounts set up for the Goma Peace Conference of 2008, or the year spent amid the slot machines and fake waterfalls of Sun City casinos in 2002?

And frankly, if there is no dialogue, what is the alternative other than, as the Dynamique puts it, "a large resistance front to definitively block the path to this abuse of power"––in other words, blood in the streets of Kinshasa? So we are stuck between a dialogue that could allow Kabila to co-opt the opposition and delay elections, and protests that could easily turn violent.

 

Wednesday, November 4, 2015

Jean Kenge: Paralyser la CENI pour mieux glisser ?

 Le Congo-Kinshasa ne serait pas lui-même si la vie s’y déroulait comme un long fleuve tranquille, sans se payer le luxe d’une nouvelle polémique sur la voie escarpée conduisant à l’organisation des échéances électorales de 2016. Parmi les questions qui dérangent, celle de savoir avec quelle administration électorale les Congolais comptent aller à leurs élections de fin de mandat présidentiel.

 Malgré un contexte rendu difficile par des contraintes incompressibles du calendrier électoral et une suspicion politique généralisée, les plus optimistes continuaient de penser que la démission, le 10 octobre dernier, du président de la centrale électorale congolaise avait comme unique soubassement la maladie qui obligeait ce dernier à effectuer de longs et fréquents séjours médicaux à l’étranger,  à se tenir longtemps éloigné du siège de son institution et des obligations de son mandat.

Force est de se rendre à l’évidence : cette démission était l’arbre cachant la grande forêt du malaise qui entoure l’administration électorale congolaise. Moins de trois semaines, en effet, après la démission de l’abbé Apollinaire Moholungu Malu Malu, voici celle de son adjoint, le PPRD André Mpungwe. Une démission annoncée plusieurs jours avant  par la puissante «radio-trottoir» congolaise,  pointant d’intenses pressions de la famille politique du vice-président de la CENI.

Selon la même source, la valse imposée à la CENI vise en réalité à la nettoyer des derniers vestiges des frondeurs du G7 accusés de faire de la résistance. En ligne de mire, la questeure Chantal Ngoy, issue du MSR de Pierre Lumbi Okongo, mais aussi d’autres postes détenus, au sein du bureau comme en plénière, notamment, par des membres du parti ARC d’Olivier Kamitatu Etsu. L’un et l’autre sont des ténors de ce regroupement politique issu de la majorité,  qui a récemment pris ses distances en   accusant celle-ci de vouloir violer la constitution en ne respectant pas ses dispositions pertinentes et impératives sur le mandat présidentiel, mais aussi de chercher à bloquer le fonctionnement de la CENI pour mieux obtenir le «glissement» des échéances électorales.

Concrètement, il suffirait que, dans les semaines qui viennent, les personnalités ainsi visées démissionnent pour que la CENI soit bloquée, et que démarre le laborieux processus de son renouvellement. Ce qui constitue, en soi,  la chronique d’un glissement déjà annoncé! Il y a en effet lieu  de noter que le remplacement de l’abbé Malu Malu est à l’heure actuelle au centre d’une vive polémique opposant les confessions religieuses. La désignation du candidat Corneille Nangaa  par ces dernières est bruyamment contestée par la puissante église catholique, qui critique, selon elle,  un processus biaisé et peu transparent, ainsi qu’un accord préalable entre certaines entités religieuses. Cette contestation a évidemment pour effet de jeter le discrédit sur un profil dont les autres membres de la sous-composante religieuse disent pourtant qu’il répond parfaitement aux critères de technicité et de neutralité !

L’ironie du sort, dans cette affaire, c’est que l’église catholique n’est plus seule sur la voie de la contestation. Elle a été rejointe par une plateforme des églises de réveil dénommée HCERCA, soit Haut Conseil des Eglises de Réveil, Charismatiques et Autres,  qui s’est déclarée « non concernée par les déclarations faites par certains pasteurs qui n’ont pourtant aucune qualité pour engager les églises de réveil», précisant que la plateforme ne «reconnaissait pas le candidat Corneille Nangaa comme étant l’émanation des églises, ministères et mouvements de réveil ».


Rappelons que la question du renouvellement de la CENI était déjà inscrite à l’agenda de plusieurs partis politiques et organisations de la société civile en prévision du dialogue, lors des consultations tenues par Joseph Kabila au mois de juin dernier. Plus récemment, l’Udps avait fait de cette  restructuration  un des objectifs majeurs d ‘un éventuel dialogue avec le pouvoir. Enfin, ce point de vue d’un expert congolais en matière électorale, en l’occurrence Jérôme Bonso qui déclarait en début de semaine, à la suite de la démission d’André Mpungwe, que les turbulences actuelles au sein de la CENI devaient notamment servir à recomposer son bureau à la faveur du dialogue. «Nous souhaitons, a-t-il dit, que cette question de la recomposition du bureau de la Commission électorale et de sa plénière soit inscrite à l’ordre du jour du dialogue politique. C’est à partir de là qu’on pourrait lever un consensus pour procéder à la désignation de nouveaux animateurs, de contribuer à la crédibilisation de la CENI et du processus électoral». 

Jérôme Bonso a-t-il des chances d’être entendu par les partisans du passage en force, synonyme d’une CENI aux ordres du pouvoir ? Au stade actuel, il faut reconnaître que les cartes se trouvent dans les mains de Joseph Kabila et de sa majorité : ou la MP organise la restructuration de la CENI selon son goût et ses humeurs, avec toutes les conséquences que cela implique, ou la question, posée également par l’Udps lors de ses pré-contacts avec le pouvoir, attend la tenue du dialogue pour être traitée de manière «consensuelle».  Le fait est que, dans un cas comme dans l’autre, l’effet sur le calendrier électoral a un seul nom : «glissement».

Did Kabila's party just say that they will postpone elections by two to four years?

André-Alain Atundu Liongo, spokesperson for the presidential majority
The internet convulsed briefly over comments made by President Joseph Kabila's coalition spokesperson and published by Reuters on Saturday. At a press conference called in Lubumbashi by the provincial commissioner for the new province of Lualaba––apparently an occasion to rally the troops behind the president––André Alain Atundu said: 
We need to say the truth to the Congolese people that, in the current conditions, we are not able to organise the elections. So, the people must grant us two to four years.  
Was this the first official confirmation that Kabila intends to stay on past his legal term, which ends in December 2016? Some people certainly felt so––I began getting text messages and Twitter alerts within minutes, one friend suggesting that, "We finally know what we had always suspected. Glissement." Kenneth Roth, the executive director of Human Rights Watch, said:
Meanwhile, Moise Katumbi, the former governor of Katanga and presumed presidential candidate, reacted with a press statement:
The ruling coalition's call to delay national elections is troubling but unfortunately not surprising. The people of the Democratic Republic of Congo have spoken through their Constitution that they do not want a president for life - and that they want presidents to be limited to no more than two five-year terms.
(Katumbi's reaction reveals a well-oiled media machine, but also a sense of drama––he made the statement as his soccer team, TP Mazembe, won the first leg of the African Champion's League against USM Alger.)

Strangely enough, however, none of the major Congolese newspapers in Kinshasa picked up the story, nor did Radio Okapi in its Monday broadcast. And, according to journalists in the capital, the Congolese government has been quick to walk back Atundu's statement, saying that it does not represent official policy. 

It is possible that Atundu got ahead of himself. But it is not the first time that he has suggested that the government needs to delay the elections by several years. At a televised debate with opposition leader Franck Diongo just two days earlier, he said the same thing. Watch the first ten minutes and you will get a feel for the logic: we don't have money because the international community has not provided it (although, according to their own budget, they want to finance 90 per cent from domestic revenues); the election commission has resigned, and we need time to replace him (although the electoral calendar was seriously delayed even before that); and we need to register new voters and clean up the voting register, which can take two to four years. 

At some point, the government will have to make the delay of elections official. But for now, it seems to be betting that silence is the best weapon: it barely said anything when provincial elections, scheduled for a week ago, did not take place, and Kabila has been adamantly opposed to making any statements about the elections except in the most general terms. And we are soon going to be beyond the point of no return, when it will be impossible to hold credible presidential elections by the end of next year.

Glencore-Katanga Mining : un coup dur pour le processus électoral ?

Des chiffres qui parlent. Rien que pour les élections présidentielles et législatives nationales, le budget du cycle électoral de 2011 était de 456,4 millions de dollars, sur lesquels 71% devaient venir du gouvernement et 29% des partenaires.

En réalité, la CENI n’avait reçu que 258.658.700 dollars de la part du gouvernement pour l’ensemble du cycle. Très peu, à vrai dire. On a vu les résultats notamment avec l’organisation chaotique des scrutins, les nombreux retards dans le déroulement des opérations pré et post-électorales, aussi et surtout face à des défis logistiques incompressibles.

Pour les années 2013-2015, le budget voté par le parlement est de $566 million. D’après des révélations récentes du vice-président de la CENI, André Mpungwe, la centrale électorale n’a cependant, à ce jour, reçu qu’environ $ 89 millions, soit 17 pourcent du budget prévu.

Des voix faisant autorité, comme celle du président du sénat Léon Kengo wa Dondo, ont récemment indiqué, à l’occasion des consultations initiées au mois de juin par Joseph Kabila, qu’il était possible de réduire le budget de la CENI, entre autres en reportant les scrutins non essentiels ou en en couplant d’autres. Il n’empêche que cette question est devenue, plus que toute autre, le nerf de la guerre. Pour preuve, elle vient de faire l’objet d’une passe d’armes entre la CENI et le gouvernement devant la Cour Constitutionnelle en rapport avec le financement de l’élection des gouverneurs des provinces démembrées. Le gouvernement ayant avoué son impuissance, les observateurs se demandent désormais comment le cycle électoral en cours sera financé sans le concours des partenaires traditionnels.

La mobilisation des ressources est ainsi en train de devenir une question importante dans la controverse électorale qui  mobilise  le pays. Avec d’autant plus d’acuité que, depuis plusieurs mois, il est annoncé de fortes turbulences dans la mobilisation des recettes, notamment en raison de la baisse des prix des matières premières sur le marché mondial. On sait que la République Démocratique du Congo dépend pour une large part  de ses recettes d’exportation de la vente des minerais, notamment de cuivre, dont la RDC est le producteur le plus important en Afrique, et de cobalt, dont elle est le premier producteur au monde.

Cette baisse des prix, qu’on peut expliquer par le ralentissement de la croissance en Chine, a conduit le géant minier suisse Glencore PLc à  suspendre pour une année et demie la production de cuivre et de cobalt de sa filiale Katanga Mining Ltd. L’objectif, assure le groupe suisse cité par l’agence Bloomberg, est de mettre ce délai à profit pour construire de nouvelles installations permettant le traitement des minerais avec de faibles coûts de production.

Un  coup très  dur, en somme. D’autant que Katanga Mining Ltd représente à lui seul 15 % de la production totale de cuivre en RDC, et a payé en 2014 environ $300 million en taxes. D’où l’inquiétude sur ce que sera l’impact de la  décision de Glencore sur le niveau des recettes d’exportation de la RDC et par conséquent sur le budget global de l’Etat et, de manière spécifique, sur l’organisation des élections que la RDC espère financer sur fonds propres afin de contourner la communauté internationale qui conditionne son soutien à un certain nombre de préalables.

Bloomberg explique que la décision de Glencore fait suite à une année catastrophique pour la multinationale, dont les actions ont plongé de 70% cette année en raison de la chute des prix des matières premières. Ce qui a forcé l’entreprise à vendre encore des actions. L’agence note au moins deux conséquences de ce nouveau développement. Premièrement, la chute de la production dans un secteur déjà frappé par la baisse des prix des matières premières. Deuxièmement, la baisse des recettes de l’Etat en termes d’impôts et dividendes, couplée au paiement des intérêts de la dette de Kamoto Copper Co. Soixante pourcents des investissements de Glencore dan Katanga Mining sont en effet représentés par les prêts consentis par le groupe suisse à Kamoto Copper Co.

Fin juin, cette dette représentait 2,91 milliards de dollars payables à un taux de 10% à l’échéance de 2021. En d’autres termes, fin période et après 18 mois d’inactivité, la dette devrait augmenter de 459 millions de dollars, assure Bloomberg. Avant de souligner que dans l’hypothèse où Glencore devait ajouter un investissement additionnel de 880 millions comme annoncé pour redimensionner les installations de Katanga Mining, la dette se chiffrerait à 3,71 milliards, tandis que les intérêts augmenteraient, durant la période de suspension, à 597 millions.

Scrutant l’avenir, les observateurs se demandent quel impact la chute des cours des matières premières, la suspension de la production de Katanga Mining et l’augmentation des intérêts dus à Glencore pourraient avoir sur la capacité du gouvernement congolais, qui a récemment avoué son impuissance devant la Cour Constitutionnelle, à financer le cycle électoral 2016.

Les débats attendus au parlement sur le budget de l’exercice 2016 apporteront peut-être un éclairage. Cependant, il n’est pas sans signification de noter que le projet de budget déposé par le gouvernement présente un recul d’environ un milliard de dollars par rapport à l’exercice en cours (8 milliards contre 9 milliards). Des sources au niveau de la primature renseignent que le gouvernement est en train de resserrer la ceinture.  

Pour autant, les inquiétudes somme toute légitimes soulevées par cette question pourraient être atténuées à la faveur d’une autre opération de vente d’actifs miniers. Il s’agit, cette fois, de la société minière canadienne Ivanhoe Mines Ltd, elle aussi spécialisée dans la production du cuivre. Cette société vient de conclure la vente de 49,5% de son projet Kamoa au groupe chinois Zijin Mining Group Co, faisant du coup bondir ses actions en bourse. Bloomberg précise que cette vente a été longtemps bloquée en raison d’un différend entre le groupe canadien et le gouvernement congolais qui souhaitait voir la part de l’Etat passer de 5 à 20%.  Notant que cette transaction vient d’avoir lieu dans la foulée de la visite du chef de l’Etat en Chine à la mi-septembre, les observateurs n’excluent pas qu’à terme, la RDC décide à son tour de céder ses propres actions au même groupe chinois, comme une source de recettes exceptionnelles à affecter au processus électoral.


Thursday, October 8, 2015

Jean Kenge: Les paris sont lancés

C’est un véritable coup dur que vient d’enregistrer la majorité présidentielle. Même si nombre d’observateurs s’y attendaient, même si pour le porte-parole du gouvernement, lors de sa conférence de presse du jeudi 1er octobre, cela ne constitue en rien un événement, la démission le mardi 29 septembre de Moïse Katumbi Chapwe, en tant que gouverneur de l’ancienne province du Katanga et membre du PPRD, a fait l’effet d’une bombe.

Pour preuve, Lambert Mende lui-même a pris près de 20 minutes lors de son point de presse pour évoquer la question. Sur les réseaux sociaux, en revanche, ce sont des bravos à profusion qui ont salué, à tort ou à raison, l’initiative de Moïse Katumbi face à une minorité qui le dénigre, mais aussi à une opposition qui se demande quelle attitude adopter à son endroit.

La démission de Moïse Katumbi arrive après la fronde du G7, puis l’expulsion mouvementée de ses membres des rangs de la majorité présidentielle, confirmant ce que plusieurs analystes n’avaient pas manqué de souligner depuis plusieurs mois et semaines, à savoir que le malaise était plus profond qu’on ne voulait bien le faire croire au sein de la majorité et, plus récemment, que la fronde du G7 n’était que la face visible d’un tsunami dont les vagues successives risquaient, à terme, de dépeupler la majorité et d’isoler le pouvoir de Joseph Kabila, de plus en plus contesté à l’intérieur et critiqué par les partenaires extérieurs.

L’ascension de Moïse Katumbi, c’est d’abord l’histoire des débris d’un club de football légendaire, le TP Mazembe Englebert, que l’homme rassemble au milieu des années 90 dans la lignée d’un grand-frère, Soriano Katebe Katoto, homme d’affaires prospère ayant fait fortune dans l’industrie du poisson, aujourd’hui leader politique exilé en Belgique,  qui en fut le manager du temps de sa marche triomphale sur le continent à la fin des années 60 et début de la décennie 70. Un club qui a repris, sous Moïse Katumbi, sa marche ascendante sur le continent, remobilisant les Congolais amoureux de football et leur proposant un style de management qui a séduit dans bien des provinces où certains l’ont érigé en modèle.

C’est ensuite l’histoire d’une famille ayant réussi à creuser, pour chacun de ses fils,  un itinéraire lumineux qui a fait de Moïse Katumbi , un homme d’affaires dont la fortune s’est construite dans les minings et le transport, un manager avisé, un homme politique ne manquant ni d’audace ni d’imagination. Jusqu’à le pousser à faire main basse, au milieu des années 2000, sur le PPRD-Katanga, avant de devenir gouverneur de la plus riche des provinces de la RDC, d’y implanter un personnel politique à son image, mais aussi des regroupements des jeunes qui lui vouent un culte passionné.

La saga Moïse Katumbi est un mélange détonant qui a fait de l’ancien gouverneur du Katanga la cible de toutes les attaques, après l’avoir poussé à prendre des initiatives inédites pour marquer sa vision, son ambition et sa rébellion. A l’instar de cette métaphore restée célèbre des trois penalties lancée en début d’année pour marquer sa désapprobation de l’initiative visant l’obtention d’un troisième mandat pour le chef de l’Etat, ainsi que son attachement au principe de l’alternance démocratique. Une initiative évidemment considérée au sein de la majorité comme un crime de lèse-majesté. Mais qui était en réalité le signe avant-coureur de l’esprit G7 - dont certaines langues disent que Moïse Katumbi pourrait être le leader - et d’une rébellion originale, au point de lui valoir, début juin, ensemble avec trois autres gouverneurs de province, des menaces de poursuites judiciaires.

N’empêche,  le mal est fait. L’homme qui vient de démissionner du PPRD et du poste de gouverneur n’était pas seulement l’un des éléments clés du pouvoir de Joseph Kabila. Il avait aussi et surtout pris, au fil du temps, les traits de celui qui était en mesure, par une offre politique audacieuse, d’activer d’intéressantes connexions parmi les partenaires traditionnels de la RDC, de diviser le clan katangais ainsi que la riche province dont il partage les racines sociologiques avec Joseph Kabila.

La question n’est donc plus, à ce stade, de savoir à quand la prochaine défection et qui risque-t-elle de concerner tant sur la scène politique nationale qu’à l’échelle du Katanga. Elle interroge plutôt l’avenir le plus proche des Congolais quant à l’impact des récents développements, y compris le divorce fracassant de Moïse Katumbi avec la majorité,  sur le débat politique, en termes de recomposition du paysage politique et du sort du cycle électoral dont le tangage, depuis le début de l’année, a fini par désespérer les plus optimistes des pronostiqueurs.

Tout récemment, la «bipolarisation» était apparue comme  la conséquence inéluctable d’une évolution qui tendait à mettre face à face deux camps lancés, l’un et l’autre, dans une bataille féroce pour, le premier, la conservation du pouvoir et, le deuxième, à défaut de sa conquête, à tout le moins le respect des dispositions impératives de la constitution et du principe de l’alternance.

C’est un phénomène qui plonge ses racines loin dans les avatars de la politique zaïro-congolaise des années 90. L’impasse politique issue de la conférence nationale souveraine avait projeté une scène politique fragmentée en deux camps opposés. Le premier, assimilé au statu quo, était représenté par les Forces Politiques du Conclave (FPC), une coalition organisée autour du MPR, parti politique dont le maréchal Mobutu était le fondateur, et comprenant les forces politiques et sociales soutenant le chef de l’Etat de l’époque. Le deuxième, se présentant comme le camp du changement, comptait les forces politiques et sociales réclamant le départ du président de la République de l’époque, avec l’Udps comme locomotive.

Seulement voilà, il eut aussi une troisième voie, représentée à l’époque par ceux qu’on avait appelés «les experts» rangés derrière Léon Kengo wa Dondo à travers l’Union des Démocrates Indépendants (UDI), dissident en premières noces de la famille politique du maréchal Mobutu, puis, accueilli par l’opposition, deuxième fois dissident, cette fois de celle-ci, sous la bannière d’une plateforme appelée «URD».

L’histoire serait-elle, par une sorte d’ironie du sort, un éternel recommencement? Les derniers événements survenus en RDC – qu’il s’agisse de la suspension des contacts entre l’Udps et le pouvoir, de la lettre du G7 suivie de l’exclusion de ses membres de la Majorité Présidentielle, de la révocation et ou de la démission de leurs collaborateurs oeuvrant dans les institutions, du réaménagement technique du gouvernement ainsi que du blocage  du processus électoral, auxquels il faut désormais ajouter la démission de Moïse Katumbi – portent en effet les germes d’une radicalisation rampante, mais aussi d’une bipolarisation qui confirme que le pays est bel et bien engagé dans une impasse, dont se dégagent à ce stade deux enseignements majeurs. En premier lieu, Joseph Kabila n’a toujours pas clarifié sa position par rapport à la fin de son mandat. Deuxièmement, cette position pourrait induire une logique de confrontation avec les forces politiques et sociales déterminées à faire respecter la constitution dans ses dispositions intangibles.

Reste que la situation est loin d’être aussi claire. Si l’opposition n’offre individuellement ou collectivement, ni des ressources crédibles pour une véritable mobilisation à l’échelle nationale, ni des stratégies cohérentes autour d’une alternative crédible, il est tout aussi indiscutable que la majorité est sortie affaiblie des derniers épisodes du feuilleton politique congolais, au point qu’elle offre aujourd’hui un champ propice à toutes les hypothèses et à tous les opportunismes. On craint même, selon plusieurs observateurs, que le phénomène de défection au sein de la majorité aille s’amplifiant au regard de l’aspiration unanime à l’émergence d’une véritable tradition démocratique en RDC. A l’instar, justement,  du gouverneur de l’ancienne province du Katanga, dont tout permet de penser que la démission entraînera beaucoup d’autres parmi ceux des membres de cette famille politique tentés de penser que, plutôt que de tout perdre, celle-ci aurait intérêt à abattre d’autres cartes que celle de Joseph Kabila pour espérer conserver le pouvoir et organiser l’alternance dans le calme.

Les limites d’une bipolarisation-bis se situent là. Si les observateurs doutent de la capacité de la majorité à fédérer, à proposer, à convaincre une opinion nationale de plus en plus dubitative, mais aussi et surtout les partenaires traditionnels, dont le poids avait été si déterminant dans les choix opérés en 2001, 2006 et 2011, il n’est en revanche pas évident que l’opposition et le G7 auront dans un avenir plus ou moins proche un agenda commun, le deuxième ayant toutes les raisons de craindre d’être phagocyté par la première, celle –ci se posant légitimement la question de savoir jusqu’où  Moïse Katumbi ne sera pas tenté de s’infiltrer pour mieux diviser, ou jouer au loup solitaire dans un pays qui a ses références et ses certitudes.

Il n’est pas non plus exclu que, contrainte et forcée par les événements, la majorité finisse par s’incliner et récupérer malgré elle ses enfants rebelles dans l’espoir de conserver le pouvoir. A condition, évidemment, que la guerre de positionnement et les règlements des comptes n’aient entretemps achevé ce qui reste encore de la famille politique du chef de l’Etat.
De plus en plus illisibles, de plus en plus risqués, les paris sont lancés.