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Ésthetique eboma vélo. Aesthetics will kill a bicycle. - Felix Wazekwa

Monday, September 21, 2015

Podcast: Michael Kavanagh on the Congolese economy, the elections, and Chinese mining deals

Saturday, September 19, 2015

Kash on Kongo: La cours constitutionnelle


Guest blog: Quelques commentaires sur l’arrêt de la cour constitutionnelle sur les élections des gouverneurs et vice-gouverneurs

L'auteur, Marcel Wetsh'okonda, est avocat et chercheur indépendant basé à Kinshasa. 

Les cours constitutionnelles jouent un rôle de plus en plus important dans la régulation des élections dans un nombre croissant des pays africains francophones. Qu’il soit perçu comme positif, comme c’est généralement le cas au Benin, ou plutôt négatif comme au Sénégal en 2012 ou au Burundi plus récemment, ce rôle fait des cours constitutionnelles des acteurs de plus en plus importants de régulation de la vie démocratique. La cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo (RDC) vient de rendre une décision qui semble indiquer la détermination des juges de placer cette institution dans la catégorie des juridictions constitutionnelles « positives » qui se voient avant tout comme une autorité de régulation de la vie politique chargée de veiller au fonctionnement normal des institutions.

Installée le 4 avril 2015, la cour constitutionnelle de la RDC a déjà prononcé près d’une dizaine de décisions en dix mois. Ceci constitue déjà une performance en soi si on considère que la Cour correspondante dans un pays comme le Sénégal  rend en moyenne sept décisions par mois. Aucune de ces décisions ne peut, cependant, présenter autant d’intérêt que celle prononcée le 8 septembre 2015, à la requête de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). L’opinion ne s’y est pas trompée. Ainsi, sans avoir pris connaissance des termes de la requête de la CENI, le juriste et commentateur Marcel Yabili avait-il mis la cour en garde contre le danger qui la guettait, celui de se brûler. Abondant dans le même sens, dans une réflexion publiée dans les colonnes  du quotidien Le Potentiel paraissant à Kinshasa, le député Christophe Lutundula Apala qui a acquis une solide réputation parmi les juristes constitutionnels soutenait qu’à travers la même requête, la cour était soumise à un  test  assez  difficile : soit elle en sortait grandie, soit elle allait y perdait sa crédibilité. Il me semble que par sa décision du 8 septembre la cour a fait un pas dans la direction de plus de grandeur et de crédibilité.

Deux questions étaient soumises à la cour. Par la première question, la CENI demandait à la cour  d’interpréter l’article 10 de la loi déterminant les modalités d’installation des 21 nouvelles provinces et l’article 168 de la loi électorale pour déterminer le délai d’organisation des élections des gouverneurs et vice-gouverneurs des nouvelles provinces. La seconde question sollicitait l’avis de la cour sur la suite du processus électoral au regard du dépassement du délai d’organisation des élections des gouverneurs et vice-gouverneurs des nouvelles provinces.

Sur le premier point, la cour a soutenu qu’il ne lui appartenait pas à elle d’interpréter les lois mais la constitution. Cette position ne peut qu’être approuvée. S’inscrivant dans la droite ligne de l’arrêt de la cour suprême de justice (CSJ) du 3 janvier 2007, elle a le mérite de clore, définitivement, la controverse suscitée par un avis de la même cour du 20 janvier 2004. Dans ce dernier arrêt, la section de législation de la CSJ s’était arrogée le pouvoir d’interpréter la constitution de la transition, plus précisément ses articles 76 et 94, alinéa 2, relatifs à l’étendue des pouvoirs du Président de la République pour nommer les animateurs des services de sécurité civile et de protection civile. Cette position jurisprudentielle a mis aux prises ceux qui soutenaient l’interprétation de la chambre de législation de la cour et ceux qui l’accusaient d’avoir empiété sur les attributions des sections réunies. Trois ans plus tard, c’est à ces derniers que la cour donnera raison en confirmant que l’interprétation de la constitution relevait de la compétence de ses  sections réunies qui faisant alors office de cour constitutionnelle et non de sa chambre de législation.

Sur le second point, bien qu’aucune disposition de la constitution ou des  lois pertinentes ne consacre sa compétence  en la matière, la cour a estimé qu’elle était en droit d’émettre son  avis sur les questions politiques, en particulier celles liées au processus électoral, lorsque les procédures politiques normales dont ces questions relèvent paraissent incapables de les résoudre et qu’aucune autre juridiction ne peut le faire. La cour a estimé que cette compétence découlait « de son pouvoir de régulation de la vie politique, du fonctionnement des institutions et de l'activité des pouvoirs publics ». Même lorsqu’elle émet de tels avis, a-t-elle poursuivi, la cour décide non pas par voie d’ « avis », mais par voie d’ « arrêts ». La nuance est plus que sémantique : contrairement aux avis, les arrêts « ne sont susceptibles d'aucun recours et sont immédiatement exécutoires », comme la cour a tenu à le rappeler.

Il faut s’attendre à ce que cette position jurisprudentielle provoque une controverse animée entre les partisans d’une interprétation maximaliste des compétences de la cour et ceux qui s’en tiennent plutôt à une interprétation minimaliste. Une situation similaire a été observée notamment  à la suite du prononcé, par la CSJ faisant office de cour constitutionnelle, de son arrêt du 1er septembre 2006 relatif à la prorogation du délai du second tour de l’élection présidentielle de 2006. Avant d’y revenir, avec force détails, dans une étude plus élaborée, il nous suffira de relever que la cour constitutionnelle s’est ici démarquée du conseil constitutionnel sénégalais,  en faisant preuve d’une audace remarquable là où celui-ci est critiqué sévèrement par une partie de l’opinion pour ce qu’ elle décrit comme une "certaine pusillanimité" ou une "pusillanimité certaine".

La jeune cour constitutionnelle congolaise a considéré que le défaut d’installation  des bureaux définitifs des assemblées desdites provinces et l’indisponibilité d’un budget conséquent ont constitué un cas de force majeure qui a empêché la CENI d’organiser les élections des gouverneurs et vice-gouverneurs des nouvelles provinces dans le délai légal.  D’après la cour, la CENI est donc exemptée de toute faute et peut ainsi organiser ces élections à une autre date à déterminer à la suite de la réévaluation, en toute indépendance et impartialité, du processus électoral.

L’argument de la cour semble un peu tiré par les cheveux. Trois caractéristiques doivent être attachées à un évènement pour qu’il constitue un cas de force majeure. L’évènement doit être à la fois imprévisible, irrésistible et insurmontable. Dans le cas d’espèce, la cour n’a pas évoqué le caractère imprévisible des faits constitutifs de la force majeure. De même, elle ne semble pas avoir suffisamment démontré leurs  caractères " irrésistible et insurmontable". Sous réserve de ces faiblesses, il est heureux de constater que la cour soit allée plus loin que la CSJ dans son avis RL 013 du 27 avril 2006 dans lequel aucun de ces caractères n’avait été évoqué ni ne pouvait être démontré. Toutefois, à l’avenir, il serait souhaitable que la motivation de la cour soit plus étoffée de manière à démontrer que la force majeure résulte de faits qui sont vraiment, et à la fois, imprévisibles et irrésistibles. Ce qui aurait l’avantage, non seulement de ne pas prêter le flanc à la critique, mais aussi et surtout, de faire preuve de pédagogie dans un contexte où la culture du constitutionnalisme est encore en construction.

Ainsi la Cour s’est reconnue le droit d’émettre son « avis » sur les questions constitutionnelles liées au calendrier électoral et elle a adjugé la force majeure en renvoyant   la CENI à sa copie sans, cependant, lui fixer de délai butoir pour s’exécuter.

Enfin, en attendant l’organisation des élections des gouverneurs et vice-gouverneurs des nouvelles provinces, la cour a ordonné au Gouvernement de prendre les « mesures exceptionnelles » qui s’imposent en vue d’assurer l’administration de celles-ci. On peut se demander s’il n’y a pas ici un nouveau nid à contentieux. Des gens peu informés pourraient croire qu’en application de l’arrêt, le Président de la République et/ou le gouvernement sont autorisés à prendre des mesures inconstitutionnelles, par exemple, en nommant des Gouverneurs et vice-gouverneurs ad intérim. Cette interprétation semble avoir été écartée par la cour elle-même : non seulement elle a tenu à affirmer « le caractère irréversible du processus d'élection des Gouverneurs et Vice-gouverneurs des provinces concernées » mais dans son entendement, les mesures exceptionnelles dont il est question devraient être décrétées dans le seul but de « faire régner l'ordre public, la sécurité et assurer la régularité, ainsi que la continuité des services publics dans les provinces concernées ». Ces mesures exceptionnelles ne sont donc pas destinées à remplacer l’élection des gouverneurs et vice-gouverneurs puisque, toujours d’après la cour, elles doivent être prises « en attendant l'élection des Gouverneurs et Vice-gouverneurs, ainsi que l'installation des gouvernements provinciaux issus des élections prévues par l'article 168 de la loi électorale.»

Une dernière observation mérite d’être faite. Dans son avis, le Procureur général près la cour a soutenu que la décision de la CENI portant calendrier électoral est inconstitutionnelle en ce qu’elle ne prévoit pas l’enrôlement des nouveaux majeurs, ce qui revient à leur priver l’exercice de leurs droits civiques. Curieusement, cet argument  ne semble pas avoir été rencontré par la cour. En cela, son arrêt ne manquera pas d’être accusé de manquer de motivation ou de motivation insuffisante, ce qui, en droit, revient au même. Allant encore plus loin, d’aucuns se demanderont si, entre le droit constitutionnel de  vote et le fonctionnement régulier  des institutions de l’Etat, la cour n’a pas choisi celle-ci, au détriment de celui-là. Seuls les arrêts ultérieurs de la haute cour permettront de répondre à cette interrogation.

En guise de conclusion, il y a lieu de noter que cet arrêt sur les élections constituera une référence incontournable dans l’histoire de la jeune cour constitutionnelle congolaise. On l’approuvera sur tel ou tel autre point, on déplorera sa position sur telle question ou telle autre question de droit. Mais on ne pourra rester indifférent à son égard.

L’incompétence de la cour constitutionnelle en matière d’interprétation des lois, son audace jurisprudentielle consistant à reconnaître sa compétence consultative et le fait que dans l’exercice de cette compétence comme dans celui de sa compétence contentieuse, elle se prononce toujours par voie d’arrêt, sans oublier le rappel de quelques caractères des faits constitutifs de la force majeure, ne manqueront pas d’être salués, tout au moins par une partie de la doctrine.

En revanche, le manque de fondement explicite de sa compétence consultative, l’omission du caractère imprévisible des faits  constitutifs de la force majeure et surtout le manque de motivation suffisante de celle-ci autant que la méconnaissance du moyen du Procureur général du parquet près la cour  relatif à l’inconstitutionnalité de la décision de la CENI portant calendrier électoral seront, à coup sûr,  stigmatisés par une autre. Il en va de même de l’imprécision qui entoure les mesures exceptionnelles attendues du gouvernement pour assurer la gestion de nouvelles provinces en attendant les élections des gouverneurs et vice-gouverneurs de  nouvelles provinces.
Ainsi se consolide la démocratie constitutionnelle.


Jean Kenge: Où va la RD Congo ?

C’est un véritable séisme qui vient de secouer la scène politique en République Démocratique du Congo à la suite de deux événements majeurs survenus en fin de semaine dernière et au début de celle-ci. Il s’agit d’abord du communiqué rendu public dimanche 13 septembre par le président national de l’Udps. Communiqué dans lequel Etienne Tshisekedi prend «acte de l’échec des entretiens de Venise et d’Ibiza, ayant mis aux prises ses représentants et ceux du camp Kabila». Avant de «demander à ses délégués de se retirer, dès cet instant, de la table des négociations». 

Il y a, ensuite, la lettre ouverte datée du lundi 14 septembre, qu’un groupe de sept partis politiques appartenant à la majorité présidentielle vient d’adresser à Joseph Kabila. Dans cette lettre, les auteurs, organisés dans une structure communément appelée G7 – en référence au nombre de partis politiques qui la composent - prônent à la fois le respect de la constitution en ce qui concerne la limitation des mandats présidentiels, l’alternance politique et l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles. 

 «Les Congolais ne veulent pas d’un retour à la dictature. Nous ne voulons pas vivre la situation du Burkina Faso. Nous ne voulons pas de troubles. Préparons l’alternance dans la tranquillité, dans le calme pour connaître des élections apaisées et honnêtes», a martelé Gabriel Kyungu wa Kumwanza, président de l’Unafec et l’un des ténors du G7, dans une interview accordée à Radio Okapi. 

Globalement, les auteurs de la lettre n’ont pas porté des gants pour mettre le doigt dans la plaie : «Il semble fondamental de garantir le respect absolu de la constitution ». Ils ont, dans la foulée, lancé à Joseph Kabila un appel pathétique à prendre « des initiatives courageuses » afin d’éviter au pays «une crise politique aux conséquences imprévisibles». La lettre adressée au chef de l’Etat est signée par Yves Mobando Yogo (Mouvement Social pour le Renouveau), Olivier Kamitatu (Alliance pour le Renouveau du Congo, José Endundo (Parti Démocrate-Chrétien), Banza Maloba (Avenir du Congo), Gabriel Kyungu wa Kumwanza (Union Nationale des Fédéralistes du Congo), Charles Mwando Nsimba (Union Nationale des Démocrates Fédéralistes), Christophe Lutundula (Alliance des Démocrates pour le Progrès). 

C’est donc un véritable tourbillon qui souffle sur la scène politique congolaise. Si, d’un côté, la publication de la lettre des frondeurs de la majorité a fait l’effet d’une petite bombe, de l’autre côté, le communiqué de rupture des contacts avec la majorité rendu public par Etienne Tshisekedi n’a toujours pas cessé de provoquer des vagues, particulièrement dans un contexte où d’autres franges de l’opposition organisaient, mardi 15 septembre sur la Place Ste Thérèse à Ndjili, leur démonstration de force dans le cadre du front du refus du dialogue. 

Une démonstration qui a connu un succès apparent. D’abord par la mobilisation considérable, un jour ouvrable, qui a caractérisé cette manifestation, signe de l’intérêt que manifeste la population aux appels de l’opposition. Ensuite l’intrusion des perturbateurs généralement proches de la majorité, avec coups et blessures. Une intrusion qui constitue à la fois une signature, dans la mesure où ce sont des délinquants estampillés proches du PPRD qui ont troublé le meeting de l’opposition, mais aussi l’aveu que si troubles il y a ce serait effectivement du fait d’un pouvoir qui entend s’imposer par la force, et que pour cet exercice il serait déjà en train de rôder sa machine de répression. 

 Deux signaux émis mercredi 16 septembre par la majorité sont venus confirmer ce message. Le premier est l’appel lancé par le PPRD au chef de l’Etat afin qu’il se base sur les conclusions à la fois des consultations du mois de juin et des contacts avec les délégués de l’Udps pour lancer définitivement le train du dialogue. Envers et contre tout ? Le deuxième signal, c’est l’exclusion des membres du G7 de la majorité, sur décision du bureau politique de la famille politique du chef de l’Etat réuni mardi 15 septembre. L’un comme l’autre, ces signaux ne peuvent être interprétés que comme l’expression de la volonté du pouvoir d’imposer son propre schéma, au risque de radicaliser les positions de tous les acteurs de la vie politique congolaise. 

Question alors : que va-t-il arriver aux Congolais, que leur préparent leurs leaders politiques ? 

L’Udps a eu une chance en n’ayant pas franchi la ligne rouge qui aurait conduit le parti d’Etienne Tshisekedi à tourner le dos à son combat d’une quarantaine d’années, à divorcer de ses militants qui se seraient violemment entredéchirés avant de se chercher des leaders de substitution. Dans l’opposition où on apprécie le retour au bercail de l’Udps, certaines voix estiment cependant que le seul communiqué du 13 septembre ne suffit pas pour l’exonérer. On attend par contre du parti d’Etienne Tshisekedi qu’il reconnaisse le tort de la fausse analyse qui l’a conduit à croire à la bonne foi du pouvoir. Toutefois, on continue à entendre au sein de l’Udps un «glissement» sémantique entre rupture et suspension des contacts, selon que l’on passe d’un interlocuteur à l’autre, ce qui ne peut qu’être porteur de confusion et d’incertitude. 

 Autre inconnue de taille : quelle sera l’attitude et donc la démarche globale de l’opposition dans les jours et les semaines à venir ? Le meeting de la Place Ste Thérèse a certes été un succès, mais ce succès sera-t-il garanti sans l’Udps, dont quelques factions mécontentes ont été aperçues lors du rassemblement de Ndjili ? En d’autres termes, l’opposition est-elle en mesure de se doter d’une charte définissant les droits et les devoirs de ses membres face à la question de la fin du mandat de Joseph Kabila et à l’impératif de faire respecter la constitution ? Alors que l’Udps a semblé résister, d’autres forces politiques et sociales visibles le 15 septembre à Ndjili ne seront-elles pas tentées par les sirènes du partage du pouvoir qui déboucherait sur une nouvelle transition et une modification de la constitution ? 

 En principe, ces objectifs devraient amener l’opposition à accueillir l’Udps qui reste, tout de même, la principale force politique de l’opposition, au sein de la Dynamique pour des Actions Communes, quand bien même la définition des objectifs communs ne suffira pas si elle n’est pas assortie d’une stratégie cohérente afin d’éviter le piège de la division qui lui sera tendu avec l’attrait des postes ministériels. Mais aussi et surtout pour proposer une alternative réellement crédible au refus du dialogue – si elle existe - ainsi que des garanties sérieuses, quel que soit le cas de figure, que l’opposition ne se retrouvera pas toujours l’éternel dindon de la farce congolaise. 

 Enfin, tout porte à croire, à ce stade, que le pouvoir sort globalement affaibli des derniers événements, avec tous les risques des réactions disproportionnées d’énervement. La rupture des contacts avec l’Udps lui a fait perdre la caution dont il avait besoin pour, d’abord, justifier le glissement, ensuite concocter la révision constitutionnelle derrière laquelle il ne cesse de courir depuis des mois. Une démarche maladroite qui avait parié sur la maladie d’Etienne Tshisekedi, au point de laisser croire que les affaires de l’Udps étaient désormais gérées par la famille biologique du leader de ce parti, son fils en tête. Le retour présumé de santé d’Etienne Tshisekedi ne pourrait pas seulement permettre la reprise en mains de l’Udps par ce dernier. Elle pourrait inéluctablement conduire, après l’échec des contacts de Venise et d’Ibiza, à la montée en puissance de la ligne dure ainsi qu’à l’organisation d’un congrès où émergera un nouveau leadership. 

 Alors que les éléments d’une radicalisation et d’une confrontation majeure sont en train de se mettre lentement mais sûrement en place, personne n’est en mesure de dire où va la RD Congo. En réalité, la RDC se trouve à l’un de ces tournants de l’histoire où le destin des peuples et des nations hésite avant de basculer…

Wednesday, September 9, 2015

Podcast: Hugo de Vries on Stabilization in the eastern Congo

This is a podcast with Hugo de Vries, drawing on a report he wrote for the Clingendael Institute that was published recently. We discuss the constraints facing the efforts to bring peace to the eastern Congo through various stabilization initiatives.

Hugo worked for MONUSCO’s Stabilization Support Unit in Bukavu and Goma, eastern Congo, between 2010 and 2014, coordinating programmes with the government and international partners, and revising the I4S. He is currently a consultant for the World Bank’s Fragility, Conflict and Violence Group (FCVG), based in Nairobi. The views expressed in this podcast are his own.




Thursday, September 3, 2015

Weekly Kash (double!): Ntaganda et le glissement


Jean Kenge: BDK––la fin d’une imposture ?

Ne Muanda Nsemi (Radio Okapi)
Suisse, Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Belgique, RDC…Le 20 août, la Communauté Ne Kongo aussi bien de la diaspora que de l’intérieur du pays était en ébullition. Sur la toile comme sur les réseaux sociaux, une déclaration au vitriol s’en prenait violemment à Ne Muanda Nsemi, député, président national du parti politique d’opposition Congo Pax, chef spirituel du mouvement politico-religieux Bundu Dia Kongo, BDK. En espèce, la déclaration désavouait totalement le leader politico-religieux notamment lorsqu’elle affirme, en substance, que «les Bakongo dénient toute qualité à Muanda Nsemi de parler en leur nom car n’ayant reçu aucun mandat de leur part.» 

Cette déclaration était validée par des figures emblématiques de l’espace Ne Kongo comme Marie-Thérèse N’Landu, Noël Mbala, André Mpika…

La goutte ayant fait déborder le vase est la déclaration faite le 18 août, au cours d’un meeting à Muanda, par le leader Ne Kongo, dans laquelle il invitait les ressortissants du Kongo Central à adhérer au schéma d’une transition de trois ans à mettre en place à l’issue du dialogue national proposé par le président Kabila. Insultes et jets de pierres ont suivi ce discours, stoppant net un meeting qui n’a pas duré plus de cinq minutes. La déclaration cite comme vecteurs de ces messages de haine les bulletins du BDK Kongo-Dieto n°1850, 1851, 1852… ainsi que le discours du 22 juillet 2015 à l’occasion du 53ième anniversaire de la création de la province du Kongo Central, au cours duquel Ne Muanda Nsemi avait incité les Bakongo à chasser du Kongo Central les ressortissants d’autres provinces, notamment les Baluba, les Bangala, les Baswahili.

La déclaration de la Communauté Ne Kongo (A lire sur www.fweley.wordpress.com) fustige les appels répétitifs à la xénophobie ainsi qu’à la haine ethnique contre les non-originaires. Elle plonge dans le douloureux passé des tueries et massacres attribués aux forces de l’ordre en 2002, 2007 et 2008, du fait, accuse la déclaration, de certains actes violents et déclarations irresponsables inspirés par le leadership de Ne Muanda Nsemi. Tueries et massacres qui ont dépassé le cadre du mouvement politico-religieux pour s’étendre indifféremment sur tous les ressortissants Ne Kongo rencontrés par les forces de l’ordre. Soit, poursuit la déclaration, un bilan de plus de 5.000 morts, hommes, femmes et enfants fauchés sous le prétexte du rétablissement de l’ordre public troublé par l’activisme du BDK.

Autre comportement  reproché à Ne Muanda Nsemi, son auto-proclamation, en date du 22 juillet 2015, selon la déclaration, comme Vice-président de la République, dictateur divin à qui tous les acteurs politiques Bakongo doivent fidélité, la révocation du Gouverneur du Kongo Central suivie de la nomination d’un nouveau Gouverneur de son choix devant une foule des membres de son mouvement et des sympathisants.

Autant d’actes constitutifs de graves violations de la Constitution pour laquelle des jeunes ont payé de leur vie en janvier 2015, souligne la déclaration, en vue d’empêcher le glissement que prône désormais Muanda Nsemi.

Tirant les conséquences de tous ces actes, les signataires de la déclaration du 20 août, tout en reconnaissant le combat de Muanda Nsemi en ce qu’il dénonce les injustices dont souffrent les Bakongo au Kongo Central, lui dénient en revanche toute qualité pour parler en leur nom. Ils invitent les ressortissants d’autres provinces à se vivre en paix au Kongo Central et à Kinshasa, tout en rendant le Président Joseph Kabila, le président de l’Assemblée nationale Aubin Minaku ainsi que le Gouverneur du Kongo Central Jacques Mbadu, responsables de tout dérapage éventuel de Muanda Nsemi et de ses partisans, du fait de la  xénophobie et de la haine tribale prônées par le député. Ils rappellent que Muanda Nsemi est seulement leader de son église BDK et de son parti, et qu’il n’a par conséquent ni le droit, ni le mandat de s’autoproclamer leader des Bakongo.

 Avec ce dernier épisode, Ne Muanda Nsemi ainsi publiquement désavoué par la communauté dont il est originaire, paraît avoir perdu jusqu’à l’illusion de la légitimité nécessaire pour représenter les Ne Kongo sur la scène politique congolaise. Le rappel des événements douloureux de 2002, 2007 et 2008 n’a pour objectif que de souligner à quel point il en était, au minimum, coresponsable, du fait de ses discours enflammés, anti-régime certes pour valider son ancrage dans l’opposition mais aussi teintés de xénophobie et de haine tribale. Ce rappel indique surtout à quel point Ne Muanda Nsemi n’a pas pris la mesure du sentiment nationaliste  de la Communauté Ne Kongo, la première à avoir réclamé, au plus fort du régime colonial, l’indépendance non pas de l’espace Kongo seul mais de tout le territoire national. Contrairement au nationalisme tribal du leader de BDK tendant plutôt à remettre en cause ce rôle historique dans une démarche négationniste que l’élite Kongo ne pouvait continuer de cautionner sans se faire hara-kiri quand, en dépit de l’occupation par des forces étrangères et des rébellions récurrentes, l’Est du pays par exemple n’a survécu à toutes les épreuves qui se sont abattues sur lui depuis une vingtaine d’années que par le sentiment de son appartenance à l’entité nationale.

Enfin, en se faisant le chantre, sans condition ni garantie, du glissement prôné par le pouvoir, Ne Muanda Nsemi a donné l’impression sinon d’avoir été acheté, à tout le moins d’avoir basculé corps et biens. Un véritable crime pour une Communauté qui a affiché, lors des différentes consultations électorales organisées depuis la fin de la transition post Sun-City, son ancrage sans nuance dans l’opposition. Rappelons que la dernière consultation en date, la présidentielle de 2011, avait donné une victoire écrasante à l’opposant Etienne Tshisekedi avec 626.482 suffrages sur 846.049 exprimés dans le Bas-Congo, soit  74, 04%. Au total, le leader de l’Udps l’avait emporté dans 11 circonscriptions sur les 12 que comptait la province, contre une seule pour Joseph Kabila.
Il reste que Ne Muanda Nsemi ne serait pas allé aussi loin dans sa mystification si les élites Ne Kongo ne l’avaient pas laissé faire, dans l’espoir que le BDK serait une sorte de bulldozer qui permettrait, en surfant à la fois sur le sentiment tribal et le mysticisme religieux comme éléments d’une identité retrouvée, de faire mal au régime à défaut de le terrasser. En banalisant la croisade de BDK et en tolérant son nationalisme au rabais, ces élites confirmaient malheureusement, par l’absurde, le déficit de leadership qui frappe l’espace Ne Kongo, orphelin du guide spirituel humaniste et de l’immense leader politique que furent Simon Kimbangu et Joseph Kasa-Vubu. Le premier fut le chantre du messianisme noir, le second l’apôtre du nationalisme congolais.

Créé en 1969 par Ne Muanda Nsemi, le BDK n’était en fait que le triste constat de l’absence dans l’espace Ne Kongo d’une vision élevée à l’instar de celle incarnée par  Simon Kimbangu et Joseph Kasa-Vubu. En faisant le choix d’un repli communautaire, il pariait  sur le détachement, à terme, du Kongo central de l’entité nationale au profit d’un foyer identitaire recroquevillé sur ses traditions. L’échec des incidents de 2002, 2007 et 2008 ainsi que le basculement opéré par Ne Muanda Nsemi viennent ainsi apporter la preuve de tout ce que les Ne Kongo pouvaient craindre. A savoir que BDK n’était qu’une triste imposture.